par | Juin 1, 2021

L’essentiel en 30 secondes

  • Pierre et Gilles est un duo d’artistes français formé en 1976, connu pour leur œuvre photographique peinte unique.
  • Pierre Commoy (photographe) et Gilles Blanchard (peintre) combinent photographie et peinture dans chaque œuvre.
  • Leur univers mêle culture pop, religion, mythologie et culture gay avec une esthétique baroque et colorée.
  • Leurs œuvres ont été exposées dans les plus grands musées du monde et figurent dans de nombreuses collections publiques.

Dans l’histoire de la photographie contemporaine française, Pierre et Gilles occupent une place à part : celle de deux artistes qui ont inventé leur propre langage, leur propre technique et leur propre univers, refusant toutes les classifications tout en s’imposant comme des références incontournables. Depuis 1976, le duo compose des œuvres uniques qui combinent photographie et peinture — Pierre Commoy prend la photo, Gilles Blanchard la retouche et la peint à la main — pour créer des images d’une densité et d’une richesse incomparables. Photographe moi-même, c’est avec un regard professionnel et une admiration sincère que j’évoque leur travail. Voici leur histoire, leur technique, leurs thèmes et ce qui les rend uniques dans le paysage de l’art contemporain.

Portrait composé par Pierre et Gilles, modèle en costume fleuri sur fond peint

La rencontre et le début d’une œuvre commune

Pierre Commoy naît en 1950 à La Roche-sur-Yon ; Gilles Blanchard naît en 1953 au Havre. Ils se rencontrent en 1976 à Paris, lors d’une soirée, et décident très vite de travailler ensemble. Leur collaboration prend immédiatement une forme particulière : Pierre, photographe de formation, réalise les prises de vue ; Gilles, peintre, intervient ensuite sur les tirages à la main, les transformant en œuvres hybrides qui n’appartiennent à aucune catégorie préexistante.

À une époque où la photographie cherche encore à prouver sa légitimité artistique et où la peinture figurative est suspecte aux yeux d’une avant-garde dominée par l’abstraction, Pierre et Gilles choisissent délibérément une voie oblique : l’artisanat, le baroque, la couleur, la mise en scène — tout ce que le modernisme officiel regarde de haut. Cette liberté par rapport aux modes est la clé de leur longévité et de leur reconnaissance croissante.

Vue d'exposition Pierre et Gilles avec séries de portraits encadrés sur murs blancs

La technique : photographie et peinture fusionnées

La technique de Pierre et Gilles est le fondement de leur identité artistique. Pierre conçoit les décors, choisit les modèles, réalise la prise de vue en studio avec une maîtrise de la lumière et de la mise en scène qui s’apparente à la photographie publicitaire ou cinématographique de l’époque. Gilles intervient ensuite sur le tirage photographique — unique, toujours en un seul exemplaire — avec des peintures, des vernis, des retouches qui transforment la surface et l’atmosphère de l’image.

Chaque œuvre est unique. Il n’existe pas de tirage multiple, pas de série. Cette rareté radicale distingue leur travail de la photographie de mode ou publicitaire avec laquelle il partage certains codes visuels. Elle le rapproche des œuvres peintes traditionnelles — chaque pièce est irremplaçable, chaque vente définitive. Cette contrainte assumée est aussi ce qui explique la valeur de leurs œuvres sur le marché de l’art contemporain.

Portrait Pierre et Gilles, modèle masculin devant décor pop et religieux peint à la main

Les thèmes : religion, mythologie, culture pop et culture gay

L’univers de Pierre et Gilles est immédiatement reconnaissable : des saints en gloire et des dieux mythologiques côtoient des icônes de la culture pop, des personnages de cirque et des figures de la communauté gay internationale. Leurs œuvres piochent avec une liberté totale dans les iconographies religieuses — catholique, bouddhiste, hindoue — et les iconographies profanes — cinéma, rock, mode — pour les mêler dans des compositions qui sont à la fois des hommages et des détournements.

Cette hybridation est délibérément subversive : placer un saint catholique dans la même esthétique qu’une icône pop, c’est questionner la sacralité des images, interroger ce que nous vénérons collectivement et pourquoi. La dimension gay de leur œuvre est omniprésente mais jamais revendicative — elle est simplement là, naturelle, intégrée dans une vision du monde où la beauté masculine est aussi légitime que n’importe quelle autre.

Les modèles : de Madonna à Marc Almond

Pierre et Gilles ont photographié certaines des personnalités les plus célèbres du monde de la culture et du spectacle. Madonna, Kylie Minogue, Marc Almond, Nina Hagen, Étienne Daho, Boy George, Jean-Paul Gaultier, Arielle Dombasle — la liste est longue et variée. Chacune de ces collaborations a produit des images mémorables qui transforment leurs sujets en figures mythologiques ou en icônes sacrées, selon la tradition visuelle que le duo choisit d’invoquer.

Ces portraits sont emblématiques d’une époque — les années 1980 et 1990 — où Paris était le centre de la mode, de la culture et d’une certaine idée de la liberté. Pierre et Gilles ont été les chroniqueurs visuels de ce monde, le transmettant dans leur esthétique particulière qui oscille entre le kitsch assumé et une sophistication réelle.

Portrait Pierre et Gilles, modèle entouré de fleurs et d'éléments peints colorés

Les expositions et la reconnaissance institutionnelle

Longtemps perçus comme des artistes de niche, Pierre et Gilles sont progressivement entrés dans les grandes institutions artistiques. Leurs œuvres ont été exposées au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, au Palais de Tokyo, à la Maison Européenne de la Photographie, ainsi que dans de nombreuses galeries et musées à travers le monde. Leurs œuvres figurent dans des collections publiques et privées importantes en France et à l’étranger.

Cette reconnaissance institutionnelle a pris du temps parce que leur travail résiste aux classifications : trop populaire pour l’avant-garde, trop singulier pour le marché mainstream, trop artisanal pour la photographie pure, trop photographique pour la peinture. Mais c’est précisément cette inclassabilité qui fait leur force et leur durabilité — dans un monde saturé de catégories, avoir inventé la sienne propre est une forme rare de liberté.

Le regard d’un photographe de concert

Ce que j’admire dans le travail de Pierre et Gilles, c’est la cohérence absolue de leur univers et la maîtrise de la lumière et de la mise en scène — des préoccupations que je partage dans mon propre travail, même si les contextes sont très différents. La photographie de concert et la photographie de studio dialoguent rarement, mais elles partagent une même interrogation : comment figer un instant, comment transformer une lumière en image, comment faire d’une photographie autre chose qu’un document. Retrouvez mon approche sur ma page photographe et parmi mes tirages photo de concert.

Pierre et Gilles dans l’histoire de la photographie française

La place de Pierre et Gilles dans l’histoire de la photographie française est complexe : ils ont longtemps été absents des circuits institutionnels de la photographie dite « artistique » — les galeries de la rive gauche, les grandes expositions de photojournalisme, les institutions qui définissent le canon. Leur travail était trop coloré, trop populaire, trop référencé à des cultures alternatives pour être facilement digéré par un monde de l’art photographique qui valorisait le noir et blanc, la discrétion et le document.

Et pourtant, c’est précisément ce refus des codes dominants qui a fait leur originalité et leur durabilité. À l’heure où la photographie numérique a rendu possible une manipulation illimitée des images, le travail artisanal de Pierre et Gilles — peint à la main, unique, imparfait dans ses imperfections calculées — apparaît comme une réponse à la fois nostalgique et prophétique à la reproductibilité à l’infini. Chaque œuvre a une texture, une matière, une présence physique que aucun écran ne peut restituer.

Cette dimension matérielle est celle que je comprends le mieux comme photographe travaillant sur Hahnemühle 308g : la différence entre une image sur écran et un tirage physique est immense. Pierre et Gilles l’ont toujours su et ont construit toute leur pratique sur cette conviction. Retrouvez mes propres tirages d’art — formats limités, signés, sur papier beaux-arts — dans ma galerie tirages photo noir et blanc rock et metal. La matière d’une impression sur beau papier, c’est quelque chose qu’on ne comprend que quand on l’a en main.

FAQ — Pierre et Gilles

Qui sont Pierre et Gilles ?

Pierre Commoy (né en 1950) et Gilles Blanchard (né en 1953), duo d’artistes français qui combinent photographie et peinture depuis 1976.

Quelle est leur technique ?

Pierre réalise la photographie en studio ; Gilles peint ensuite à la main sur le tirage, créant des œuvres uniques qui n’existent qu’en un seul exemplaire.

Où peut-on voir leurs œuvres ?

Dans de nombreux musées et galeries — Musée d’Art Moderne de Paris, Palais de Tokyo, Maison Européenne de la Photographie — et dans des collections privées et publiques internationales.

Qui ont-ils photographié ?

Madonna, Kylie Minogue, Marc Almond, Nina Hagen, Boy George, Jean-Paul Gaultier, Étienne Daho, parmi beaucoup d’autres.

Leurs œuvres sont-elles en vente ?

Oui, dans des galeries spécialisées. Chaque œuvre est unique, ce qui lui confère une valeur particulière sur le marché de l’art.